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    Château du Grand Taute - Manche

     

     

     

     

    Manoir du Grand Taute
     

    Le manoir du Grand Taute est une demeure historique de la Manche,

    située à Saint-Sauveur-Lendelin.

    Il a été construit au 16e siècle par Jean le Coq, officier de justice.

      

      

    Un système défensif protégeait la demeure contre toute intrusion ennemie.

    « Les communs se composent d'une boulangerie, d'un pressoir, de granges, d'écuries et d'étables autour d'une cour devant le manoir. » .

    Le pressoir ancien, non daté, est pourvu d'un tour à pommes en granit et une presse à longue étreinte.

     

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    Le manoir a fait l'objet de deux inscriptions.

    L'une comme Monument historique le 11 août 1975 pour les façades, les toitures, le plafond et la cheminée de la grande salle du rez-de-chaussée.

     

     

    L'autre le 4 juin 1993 pour le logis, le pressoir, la boulangerie, les écuries et la grange, ainsi que la pièce d'eau et les douves.

    Je suis allée le  visiter , il est magnifique , mais on ne peut que visiter les écuries , la boulangerie et le pressoir . 
     

      

    Château

    Il fut édifié à la fin du XVIème siècle par Jean le Coq, officier de justice. La visite permet d'évoquer avec précision le cadre de vie d'une seigneurie rurale pendant la période troublée des guerres de religion.
     
     
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    Un système défensif très élaboré, parfaitement conservé, protégeait la demeure contre d'éventuelles incursions ennemies.
     
    Les communs se composent d'une boulangerie, d'un pressoir, de granges, d'écuries et d'étables autour d'une cour devant le manoir.
     
     

     

    Le Manoir du Grand Taute au coucher de soleil.

    Il fut édifié à la fin du XVIème siècle par Jean le Coq, officier de justice. La visite permet d'évoquer avec précision le cadre de vie d'une seigneurie rurale pendant la période troublée des guerres de religion.

    Un système défensif très élaboré, parfaitement conservé, protégeait la demeure contre d'éventuelles incursions ennemies.

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    C.A.Manoir du Grand Taute ,fin du XVIème siècle.

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    C.A. La rue principale au début du 19ème siècle

     

    1280px-FranceNormandieSaintSauveurLendelinEgliseMairie

    La place de la Mairie et la croix de l'ancien cimetière (1571)

    Saint-Sauveur-Lendelin est une petite ville située à quelques kilomètres de Coutances dans le Cotentin. Petite cité rurale très agréable.

    Sans ce gros bourg que l'on aimerai découvrir, l'église Saint-Laurent du XIXème siècle dont le clocher est inscrit aux monuments historiques.

    Devant l'église et la mairie, la croix de l'ancien cimetière de 1571 y a trouvé sa place.

    Le château des mares, propriété privée date du XVIIIème siècle.

    img050

     

    C.A. L église de Saint-Sauveur-Lendelin.

    Les communs se composent d'une boulangerie, d'un pressoir, de granges, d'écuries et d'étables autour d'une cour devant le manoir.

     Personnalité liée à la commune :

     

    Charles_François_Lebrun_prince_architrésorier_de_l'Empire

    Charles-François Lebrun (1739/1824), troisième consul et prince-architrésorier du premier empire, né au village de La Bouchelière; un vitrail de l'église de Saint-Sauveur-Lendelin célébrant la participation de Lebrun à l'élaboration du concordat et à la paix religieuse, a été inauguré en septembre 2002, ainsi qu'un monument situé dans le village. Un portrait en habit d'architrésorier est exposé dans la mairie.

     

     

    Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Saint-Sauveur-Lendelin

    Cartes anciennes : collection privée.  

    sources

    http://romy50300.skyrock.com/3043289463-Le-Manoir-du-Grand-Taute.html

      http://www.region-basse-normandie.fr/seves-taute

     


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  • « Tu sais, charretier, c’était un métier ! »

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    « Tu sais, avant, tout le monde savait mettre un harnais et pouvait partir avec une voiture, mais des vrais charretiers, c’est autre chose, il y en avait peu ».

    J’ai longtemps entendu cette phrase prononcée par un fin connaisseur du cheval de travail, sans en comprendre pleinement le sens…

     

    jusqu’à ce qu’on me confie des guides !

     

    Charretier, c’est un métier.

    Les dictionnaires d’aujourd’hui nous en donnent la définition suivante :

    « celui qui conduit une charrette ».

     

    Peu explicite !

    D’ailleurs, conduit-on la charrette ou l’attelage ?

     

    L’explication est laconique, réductrice, c’est presque l’aveu d’un oubli, en tous cas la certitude d’une méconnaissance.

     

    Les ouvrages récents sur les « métiers de nos grands-pères », les « petits métiers d’autrefois » (quelle effroyable expression), quand ils ne l’oublient pas, ne sont pas tellement plus loquaces. Il faut donc chercher dans les dictionnaires anciens les précisions qui conviennent.

    2 

    L’Omnium agricole (Librairie Hachette, 1920) renseigne d’une façon plus satisfaisante. « Le charretier est le valet de ferme chargé de soigner les chevaux, de les conduire aux voitures et aux instruments auxquels on les attèle.

     

    Quand il s’agit de bœufs, le charretier est dit bouvier.

     

    Les qualités qu’il doit posséder sont la sobriété, la patience et la force.

     

    Son talent consiste à bien connaître les chevaux et à les diriger de la voix et du geste, en les faisant marcher avec régularité.

     3

    Ce talent s’acquiert surtout avec la pratique et l’exemple, et non par des préceptes théoriques, ceux-ci doivent consister surtout à lui faire aimer les animaux ».

    La description est sans doute un peu idéale, il n’en demeure pas moins qu’au regard du capital que représente un attelage, multiplié par le nombre des attelages d’une exploitation, le choix des charretiers est du premier intérêt pour les chefs de culture.

     

     

    L’abondante bibliographie agricole des années 1880 à 1940, essentiellement à l’usage de ces derniers, abonde en ce sens et dissèque les qualités du personnel, son encadrement, les rémunérations et gratifications…

     

     

    Le charretier tient une place à part dans le salariat rural. Une grande enquête sur les salaires agricoles diligentée en  1912 par le Ministère de l’Agriculture est particulièrement édifiante sur les différences régionales.

     

    Leurs gages sont généralement plus élevés que ceux des autres ouvriers, ils bénéficient de la nourriture, du logement, du couchage.

     

    Seuls les bergers reçoivent, parfois, un traitement supérieur comme en Soissonnais, en Thiérache ou en Eure-et-Loir mais souvent sans nourriture.

     

    On relève des gages d’un peu plus de 1000 francs/an dans l’Aisne (logés mais non nourris), 450 francs/an dans l’Yonne (nourris).

     

    En Beauce, le salaire annuel est de 600 à 800 francs (nourri) quand un domestique ordinaire ne touche que 350 à 450 fr. et une servante 250 à 400 fr.

     

     

    1 

    Le métier a sa hiérarchie

    Les journées sont longues, 9 heures l’hiver, 12 à13 heures l’été, avec 3 pauses, dont une longue à midi…

     

    Il faut quotidiennement s’occuper des chevaux, avant et après le travail, le dimanche aussi ; entretenir les harnais, vérifier la ferrure pour ne pas désorganiser le travail du lendemain par une visite chez le maréchal…

     

    Respirer les brouillards, frissonner aux pluies d’hiver, transpirer sous la canicule, des heures de marche derrière les outils …

     

    Un travail exigeant, un travail de force et de résistance dont la récompense tient moins au salaire qu’au regard posé sur son attelée.

     

      

    Avec l’introduction dans l’agriculture d’outils de plus en plus perfectionnés, il est demandé aux charretiers de connaître quelques principes de mécanique, en plus des notions élémentaires d’hippologie (les anciens conscrits de l’artillerie étaient d’ailleurs appréciés pour ces dernières).

     

    Ce travail dur, sans fin, est déjà boudé au lendemain de la « Grande Guerre ». Des rapports notent le manque de bons charretiers dans plusieurs régions.

     

    L’industrie embauche et, à défaut d’un salaire bien plus élevé, la vie en ville séduit…  

     

    Pour la majorité de ceux qui restent, la déferlante des tracteurs au début des années 1950 est vécu avec soulagement et engouement. Oublié l’esclavage des chevaux !

     

    Charretiers, rouliers, camionneurs

    Aujourd’hui essentiellement associé à l’agriculture, le métier a aussi connu ses déclinaisons routières, industrielles, urbaines…

     

     

     

    Les « voituriers par terre » (par opposition aux bateliers, « les voituriers par eau ») sont très anciennement attestés.

     

    Du Moyen-Age à la Révolution, les comptes de tous les grands chantiers fourmillent de leurs gages. Ils assurent le transport du bois, de la pierre, de la terre, de l’eau, de la paille, des vivres.

     

    Le temps de la réquisition venu, les mêmes conduiront l’intendance des armées royales. 

     

     

    Du XIXème jusqu’au début du XXème siècle, les usines emploient aussi des charretiers pour leurs approvisionnements ou leurs expéditions

     

     

     

    Le salaire des camionneurs en 1936 est d’environ 800 francs, sans logement ni nourriture, pour une journée de 9 heures de travail, traitement déjà inférieur à celui des chauffeurs de camions automobiles. En ville, les risques d’accrochages et de glissades sont grands. Le règlement intérieur d’une entreprise de transports-déménagement nous est parvenu ; il précise les responsabilités du charretier, sa moralité. Un cheval blessé, la casse ou la perte de matériel entraînent des retenues sur salaire. Prendre le trot avec les gros camions vaut une amende et la récidive vaut le renvoi. A bonne Maison, bons attelages. Le charretier et ses chevaux sont en représentation.

     

     

     

    Jurer comme un charretier

    La figure du charretier-bourreau est complètement ancrée dans l’imagier commun. Si partout, beaucoup ont évidemment « suivi les chevaux » sans goût particulier, il faut sans aucun doute chercher en ville, l’origine de ce stéréotype. En 1850, le pavé est investi de milliers d’attelages, tout ce qui roule ou presque est hippomobile, mais tout ce qui roule n’est pas mené d’une main experte… « Rien n’égale la barbarie, la stupidité, la cruauté du charretier. Toujours fouettant et jurant ». A la Société de Protection des Animaux (dès 1848), on s’insurge des coups portés sur la tête (ou toute autre partie sensible) prompts à remettre « en ligne » des chevaux dissipés ou effrayés. On frémit à la vue des plaies infligées par les harnais défectueux, on s’indigne du dépérissement et des manques de soins, on dénonce les surcharges et les fatigues outrées. La loi dite de Grammont du 2 juillet 1850, qui punit de 5 à 15 fr. d’amende et de 1 à 5 jours d’emprisonnement ceux qui ont exercé publiquement et abusivement de mauvais traitements envers les animaux domestiques, demeure d’une application bien relâchée. On lit encore en 1887  (dans l’Acclimatation, Journal des Eleveurs) que le métier est une « confrérie ouverte au premier venu, qu’encombrent les ivrognes et les fainéants n’ayant aucune notion ni du cheval ni de son hygiène. (…) Ce charretier, contraint au plus grand rendement par un patron satisfait de la médiocrité de son écurie [sans cesse renouvelée au plus bas coût] et conforté par l’exemple général s’est il amendé ? Il est resté le type de la saleté par son costume, de la grossièreté par ses paroles, de la férocité par ses actions. Pour exercer son métier, il n’a pas besoin des longueurs de l’apprentissage ; il n’a pas pu faire un ouvrier, il s’est improvisé charretier, il ne lui a fallu pour cela qu’une pipe, une blouse et un fouet » !

     

     

    Il n’existera jamais vraiment de « littérature » professionnelle, aucun diplôme, aucune caution plusieurs fois demandée par les experts du cheval de trait de l’époque. A sa publication en 1945, le désormais classique Manuel du bon charretier de Lucien Brasse Brossard parait déjà quasiment anachronique. La modernisation qui s’engage avec la reconstruction ne saurait se satisfaire des chevaux pour relancer l’agriculture. En 10 ans, les tracteurs évincent le cheval du paysage agricole.

     

    Aujourd’hui, les grands charretiers ont disparu emmenant avec eux une vraie culture professionnelle. L’évocation des grandes attelées raconte une histoire presque irréelle. « Tu sais, charretier, c’était un sacré métier »…

     

     

    Texte et illustrations:

     

    Etienne Petitclerc

     

    Article paru dans "Sabots Magazine n°24 (Mai/Juin 2008)

     

     

    Nous remercions chaleureusement Etienne Petitclerc de cette première et excellente contribution au blog de figoli.

     Il complète ce texte en joignant ces extraits de textes et dessins de Crafty.

     

     

    Vus par le dessinateur Cratfy

     

    A propos des pesantes voitures de moellons ou de pierres de taille du pavé parisien : « elles sont conduites par d’aimables entêtés qui s’obstinent à suivre le milieu des chaussées pour le seul plaisir d’arrêter la circulation, ou agitent perpétuellement des fouets dont les claquements équivalent à des explosions de véritables pétards (…), des butors qui semblent considérer comme un plaisir divin le fait d’avoir effrayé un cheval de sang par un bruyant coup de fouet donné inutilement ou forcé un équipage lancé aux allures vives à s’arrêter brusquement, en changeant tout à coup et sans raison la direction de leur encombrant attelage (…) »

       

     

    Sur les routes des campagnes françaises : « Cette apathie naturelle que les gens de la campagne apportent dans tous leurs actes a pour premier résultat (…) d’influer sur la manière dont leurs attelages traînent le fardeau qui leur est confié. Cette façon d’abandonner à eux mêmes les animaux qu’ils ont mission de diriger est commune aux paysans de toute la France. Partout même indolence, même confiance aveugle dans l’instinct des animaux, qui, il faut bien le reconnaître, se montrent la plupart du temps supérieurs à l’intelligence de leurs conducteurs. Si vous rattrapez l’une de ces barricades ambulantes, il vous faudra faire un tapage exceptionnel pour attirer l’attention du conducteur qui dort sur sa voiture à moins qu’il ne soit à quelques centaines de mètres en plein champs à discourir avec l’un de ses concitoyens. »

       

       

    extraits de Paris à Cheval et la Province à Cheval, Plon Nourrit & Cie1884 et 1886.


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    Château de Pontécoulant La façade avant du château

    L'Histoire du Comte Doulcet de Pontecoulant...

     

    Le bâtiment de droite est la partie la plus récente.

    TypeMaison forteDébut construction 2e moitié du XVIe siècleDestination actuelle Musée Protection Inscrit MH (1927)

     

    Le château de Pontécoulant est situé au cœur du bocage normand, à Pontécoulant près de Condé-sur-Noireau.

      

    Le domaine de Pontécoulant rassemble les marques distinctives de la noblesse :

      

    château, pavillons du garde-chasse et du jardinier,

    colombier, parc paysager,

    ferme, bois et terres.

     

    La famille Le Doulcet de Pontécoulant s'y est établie au XIV siècle et s'y est éteinte en 1896, laissant le château au département du Calvados, qui l'aménagea en musée dès 1908.

      

    Il fait l'objet d'une inscription au titre des monuments historiques

    depuis le 26 mars 1927

     

     

    Histoire 

    La famille Le Doulcet de Pontécoulant s'établit au château au XIVè siècle.

      

    Grâce aux mariages entre nobles, la famille devient puissante, acquérant le privilège de posséder un colombier, 343 hectares de terre éparpillées dans la Manche et le Calvados.

      

    Comme beaucoup de familles d'aristocrates, les Doulcet de Pontécoulant vivaient au-dessus de leurs moyens, c'est ainsi qu'au XVI siècle,  

     

    Léon-Armand Doulcet de Pontécoulant se voit obligé de vendre les 2/3 de ses terres ainsi qu'une partie du mobilier, ce qui va permettre de restaurer la propriété et de construire la deuxième partie du château.

      

     

    Architecture :

    Construit au XVI siècle, à l’emplacement d’une ancienne maison forte, le château est agrandi et réaménagé dans la seconde moitié du XVIII siècle, pour devenir la résidence d’été de la famille de Pontécoulant qui vit alors à Caen et à Paris.

      

      

      

      

    Deux pavillons d’entrée, l’un dit « du jardinier » et l’autre « du garde-chasse » furent alors édifiés pour marquer le seuil de la cour d’honneur.

      

    Fermant la perspective, la demeure masquait les jardins où le marquis fit aménager terrasses, murs, allées et bosquets.

      

    Ses descendants ne modifièrent plus la propriété qu’il avait dessinée.

     CHATEAU de PONTECOULANT ( CALVADOS)

    Le château de Pontécoulant à l'été 2009 Parc et jardins

     

    Le parc et les jardins du château forment un site classé inscrit au pré-inventaire des jardins remarquables.

      

    Ce site se compose d'un jardin avec sa pièce d'eau et sa cascade, d'un jardin potager et du parc où sont construits une glacière et un monument !

     

     

    Anecdote :

      

    lorsque j'ai découvert cette merveille au milieu de la verdure...et visiter ce château.... la guide nous a expliqué, que sous l'occupation, ce château avait été réquisitionné par l'occupant.... ses propriètaires avaient caché dans les combles, des mètrages de tissu en toile de Jouy.... de l'époque du XVIIIè siècle.... sauvegardé, ce tissu a servi par la suite à tapisser certaines pièces....une merveille à aller visiter.....son bassin aux iris d'eau... sous le sous bois.....

      

     

    Château de Pontécoulant

     

      
    Situé au coeur du bocage normand, près de Condé-sur-Noireau,dans la vallée de la Druance, le domaine de Pontécoulant est formé de différents bâtiments.
      
    La famille Le Doulcet de Pontécoulant s'y est établie au XIVème siècle.
    Le château fut construit au XVIème siècle
    à l'emplacement d'une ancienne maison forte.
      
    A l'intérieur, vous trouverez le mobilier illustrant le mode de vie de ses occupants pendant le XIXème siècle.
     

    A l'extérieur, les pavillons du garde-chasse et du jardinier, le colombier, la ferme et le parc sont représentatifs de la noblesse.

     

     
    Toile de Jouy, sauvegardée par les propriétaires sous l'occupation...
    toile authentique du XVIIIè siècle...
     
      
      
    Doulcet (Louis-Gustave), comte de Pontécoulant
    (D’après « Études historiques et biographiques - Tome II » paru en 1857)
     
      
    Louis-Gustave le Doulcet, comte de Pontécoulant,
      
    naquit à Caen le 9 novembre 1764.
      
    Sa famille est ancienne et considérable en Normandie.
      
      
    Dans une liste authentique, écrite par ordre de Louis XI,
    Guillaume le Doulcet de Pontécoulant est porté
    comme gentilhomme d’ancienne noblesse.
      
      
    Au seizième siècle, Robert de Pontécoulant était capitaine de cinquante hommes d’armes, gentilhomme de la chambre du roi et chevalier de ses ordres.
      
      
    Thomas de Pontécoulant fut fait, pour ses services signalés,
    maréchal de camp en 1653.
      
    Le marquis de Pontécoulant se distingua par des actions d’éclat dans la guerre de Sept Ans ; il fut maréchal de camp et major général des gardes du corps.
     
     

      

    Son fils Louis-Gustave entra dès l’âge de quinze ans dans les gardes du corps ; puis devint capitaine de carabiniers et passa ensuite comme officier dans les gardes du corps.

      

    On était alors en pleine paix, et l’état militaire laissait beaucoup de loisir aux officiers, surtout lorsqu’ils appartenaient à la maison du roi ;

    Gustave de Pontécoulant en profita pour voyager.

      

    Ayant pour compagnon le marquis, depuis duc de Lévis, qui fut son ami pendant toute sa vie, il assista, en 1784, aux grandes manœuvres de Frédéric II ;

    ils furent présentés à cet illustre souverain qui les accueillit avec une gracieuse bienveillance.

      

    Continuant leurs voyages, ils saluèrent aussi l’empereur Joseph et l’impératrice Catherine.

     

     

    La révolution de 1789 trouva Pontécoulant disposé aux opinions libérales ;

      

    il était persuadé que de grandes réformes étaient nécessaires, et que des garanties devaient être données, afin de prévenir les abus et les désordres d’administration, puisque le pouvoir royal, tout absolu qu’il était, et peut-être parce qu’il était absolu, ne pouvait ni les empêcher, ni les réprimer ;

      

    il n’aurait voulu rien de plus. Lorsque furent établies les administrations départementales, il fut élu administrateur du Calvados.

      

     En 1792, il fut député à la Convention.

      

    Dans les premiers jours de cette Assemblée, il demanda le renouvellement de toutes les administrations et s’opposa à ce que l’Assemblée maintînt, par voie d’invitation, Roland et Servan dans les ministères de l’intérieur et de la guerre ;

    bientôt après il fut au nombre des commissaires que la Convention envoya à l’armée du Nord.

     
    Les Girondins
    Les Girondins
    A ce moment Lille soutenait un siège, qui honora le courage de la garnison et la constance des habitants.
      
      
    Les commissaires s’occupèrent surtout à diriger des convois de vivres et de munitions dans la ville, qui n’était pas entièrement investie, et à favoriser de tout leur pouvoir les mouvements de l’armée que commandait le général Labourdonnaie, de manière à déterminer la levée du siège.
      
      
    Peu de jours après leur arrivée Lille fut en effet délivré. Pontécoulant passa encore quelque temps à l’armée.
      
      
    Lorsqu’il revint prendre sa place dans la Convention le procès du roi était commencé, et déjà la lutte entre les Girondins et la Montagne agitait les séances.
      
      
    Depuis que la guerre était déclarée et le trône renversé, il n’avait pas une autre préoccupation que la défense du territoire contre les armées de la coalition et contre l’intervention des puissances étrangères dans
      
    le gouvernement intérieur de la France.
      
    Pendant quelque temps il se flatta peut-être qu’un pouvoir énergique parviendrait à rétablir, puis à maintenir l’ordre public, et qu’il triompherait des ennemis extérieurs et intérieurs.
      
    Dans cette pensée, il se montra parfois opposé aux Girondins qui, animés par un esprit de parti et des intérêts d’ambition, affaiblissaient l’autorité de la Convention.
      
    Mais il restait invariable dans son amour et son respect pour la justice et l’humanité ; il publia un écrit où il maudissait les massacres de septembre et leurs odieux instigateurs.
      
     

    Fichier:Louis-Gustave Doulcet, comte de Pontécoulant (1764-1853).jpg

      

    Lorsqu’il arriva de l’armée, la Convention avait déjà résolu que le roi serait mis en accusation et jugé par elle.

      

    Dans le premier appel nominal sur la question de culpabilité, il développa son opinion sur les trois questions qui devaient être successivement posées et discutées.

      

    « Je pense, dit-il, que nommés juges par la Convention, et législateurs par le peuple, nous devons prendre les mesures les plus utiles pour assurer l’abolition de la royauté et l’établissement de la république ».

     

     

      

    En ce sens, il vota pour le bannissement à perpétuité de Louis et de sa famille.

     

      

      

    A ces mots des murmures s’élevèrent ;

      

    ceux qui avaient résolu la mort du roi s’efforçaient d’obtenir la majorité, en intimidant leurs collègues qui se refusaient à cette funeste iniquité.

      

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    « Les murmures que j’entends, dit-il, m’affligent pour ceux qui s’en rendent coupables, mais ne m’arrêtent pas. Je vais répéter mon vote ».

      

    Il y ajoute que le décret rendu par la Convention devrait être soumis à la ratification du peuple souverain, qui prononcerait aussi sur l’abolition de la royauté.

      

    Il écrivit et signa sou opinion pour qu’elle fût insérée au procès-verbal.

      

    Au second appel nominal, sur l’appel au peuple, il ne vota point.

      

    Déjà il avait exprimé son opinion sur cette question ;

      

    comme il lui semblait que ce scrutin était une manœuvre pratiquée par les Girondins dans une toute autre intention que de sauver le Roi, il ne voulut pas y prendre part. Dans le scrutin sur la peine, il répéta que le Roi devait être banni ; enfin il vota pour le sursis.

     

     
     

      

    Pendant les premiers moments qui suivirent cette révolution, le parti qui avait remporté une victoire, facile à Paris et dans la Convention, n’était point assuré contre les insurrections, qui éclataient dans presque toute la France en faveur du parti vaincu et contre la violation de la représentation nationale. 

      

    Ainsi il usa d’abord du pouvoir absolu qu’il avait conquis avec une sorte de timidité et d’hésitation.

      

    Parmi les députés décrétés d’arrestation, par une minorité peu nombreuse restée dans la salle, les uns s’étaient éloignés de Paris, les autres s’étaient soumis docilement au décret ;

      

    quelques-uns n’en avaient pas tenu compte. Pontécoulant était de ceux là.

     

     

      

    A la séance du 6 juin, il demanda que la Convention prit connaissance des lettres par lesquelles les détenus réclamaient que justice leur fût faite et que la Convention se prononçât sur leur culpabilité.

     

    « La commune de Paris ne peut fournir aucune preuve de ses imputations ;

     

    ce n’est pas une raison, dit-il, pour que nous refusions de prononcer sur le sort de nos collègues ; je veux croire que dans cette discussion on n’étouffera point la voix de ceux qui veulent justifier les dénoncés et accuser les dénonciateurs ».

      

    Il était encore en liberté, lorsque Charlotte Corday fut traduite au tribunal révolutionnaire ;

      

    elle demanda d’abord Pontécoulant pour défenseur ;

    elle ne le connaissait pas ;

      

    elle ne savait pas même quelle était son opinion politique ;

    mais il était son compatriote, de la même province, où il avait une honorable réputation.

      

    Comme il ne voulait pas courir la chance d’être arrêté, il avait quitté son domicile et changeait sans cesse de logement.

      

    La lettre que lui écrivit Charlotte Corday ne lui fut pas remise.

      

    « On n’a point trouvé son adresse », dit à l’audience l’accusateur public, qui s’était chargé de la faire parvenir.

      

    Charlotte Corday supposa injurieusement qu’il avait refusé de se charger de sa défense.

     

     

      

    Cependant l’insurrection du Calvados avait été facilement dissipée ;

      

    Bordeaux s’était soumis sans résistance et Marseille peu après ;

      

    Lyon allait succomber.

    Les dominateurs de la Convention pouvaient en sécurité se livrer

    à leurs haines et à leur cruauté.

      

    La reine était traduite devant le tribunal révolutionnaire.

      

      

    Le 3 octobre 1793, après avoir entendu un rapport de son comité de sûreté générale, la Convention rendit un décret, qui c accusait quarante de ses membres de conspiration contre l’unité et l’indivisibilité de la République, contre la liberté et la sûreté du peuple français.

      

      

    Aucune discussion ne s’éleva dans l’Assemblée, L’acte d’accusation présenté par Amar, inspiré par une haine féroce, partait sur des allégations vagues et mensongères que pas un des conventionnels présents n’eut le courage de contester.

     

    On imputait à Pontécoulant de s’être rendu à Caen avec Barbaroux et Buzot, tandis que notoirement il n’avait pas quitté Paris.

     

     

      

    Il savait quel sort l’attendait au tribunal révolutionnaire, et se tint caché ; il fut mis hors la loi, et quelque temps après, il parvint à se réfugier en Suisse, déguisé en roulier.

      

      

    Il n’avait nul moyen d’existence et entra comme apprenti chez un menuisier à Zurich. Pendant son séjour en Suisse, il rencontra le duc d’Orléans qui, lui aussi, avait été réduit à prendre une profession pour vivre et pour se cacher.

      

      

    Le professeur de mathématiques et le menuisier se furent l’un à l’autre compagnons intimes d’infortune.

      

    Longtemps après, le roi Louis-Philippe se plaisait à rappeler ce souvenir à Pontécoulant.

     

     

      

    Le 17 décembre 1794, cinq mois après le 9 thermidor, les comités de salut public, de sûreté générale et de législation, cédant à l’opinion publique, qui pressait la Convention et la contraignait à réagir de jour en jour davantage contre les actes d’iniquité et de tyrannie du régime de la Terreur, proposèrent que les députés mis hors la loi fussent rendus à leurs droits de citoyen, mais non pas rétablis comme représentants du peuple.

      

    Ce n’était pas donner suffisante satisfaction au sentiment et à la voix publics ; mais la majorité de la Convention ne se résignait pas encore à obéir à l’opinion du pays.

      

    Après une séance orageuse à laquelle assistait Pontécoulant, au grand scandale des Montagnards, l’Assemblée adopta le décret. Il fallut encore quatre mois pour que la Convention en vînt à désavouer pleinement le 31 mai et la condamnation des Girondins.

      

    Le décret, qui rappela les proscrits dans l’Assemblée, fut cette fois accueilli avec une faveur passionnée et adopté aux cris de « Vive l’Assemblée ! vive la République ! »

      

    Un seul représentant se leva pour témoigner son refus : c’était Goujon, celui qui bientôt après devait périr comme un des promoteurs de l’insurrection du 1er prairial.

     

     CHATEAU de PONTECOULANT ( CALVADOS)

      

    Pontécoulant ne se livra point à la réaction ;

      

    par caractère et par expérience, il était contraire aux opinions exagérées et encore plus aux persécutions qu’elles suscitent ; il voulait la justice et la liberté :

    il ne désespérait pas de la République et croyait encore qu’un gouvernement fort était nécessaire pour défendre la France contre la coalition et pour maintenir l’ordre intérieur.

      

    Le discours qu’il prononça, le 26 avril 1795, pour appuyer la restitution des biens des condamnés est le plus remarquable de ceux qui furent entendus dans cette grande discussion. Il traita la question, non seulement sous le rapport des circonstances, mais dans toute sa généralité.

      

    Pour les hommes qui ne voyaient pas sans chagrin et sans effroi qu’on revint sur un acte révolutionnaire quelconque, restituer les biens aux condamnés, c’était prononcer que leur sentence était une iniquité, qu’ils avaient été non pas jugés mais assassinés.

      

      

    Ainsi ils résistèrent longtemps et vivement.

     

    Pontécoulant allait plus loin, il voulait que la confiscation fût à jamais abolie en principe, et n’eût point place dans la liste des peines légales.

      

    Ses adversaires prétendaient que ce serait compromettre la sûreté de la République et laisser à ses ennemis des moyens de vengeance et de conspiration.

      

    Malgré le très grand succès du discours de Pontécoulant, il ne put obtenir l’abolition complète de la confiscation ; il a toujours tenu à honneur de l’avoir proposée.

      

    La Convention déclara qu’elle serait maintenue à l’égard des émigrés, des conspirateurs, de leurs complices, et de la famille des Bourbons. Il était réservé à la Charte de leur restauration d’en prononcer la suppression définitive et absolue.

     
    Louis-Gustave Doulcet de Pontécoulant
    Louis-Gustave Doulcet de Pontécoulant
    Pendant qu’il combattait les principes et les œuvres des hommes de la Terreur, il s’opposait à la réaction qui les poursuivait, et pensait qu’en n’admettant pas l’excuse des circonstances, on perpétuerait les haines politiques et les discordes de parti.
      
    D’ailleurs on courait le risque d’imiter ceux qu’on voulait punir et de considérer les opinions et les discours comme des crimes punissables.
      
      
    Ce fut dans cette pensée qu’il prit la défense de Prieur de la Marne et de Robert Lindet. Son importance avait grandi dans l’Assemblée ; le 4 mai 1795, il fut nommé membre du comité de salut public.
      
      
    Dans ce gouvernement collectif, son tour étant venu de tenir la correspondance du département de la guerre, il ne se crut ni assez instruit, ni assez expérimenté pour diriger les opérations militaires et les mouvements des armées ;
      
    il ne voulait cependant pas se borner à signer des dépêches que lui présenterait le bureau de la guerre, qui pourtant avait été composé par Carnot d’hommes très distingués.

    A ce moment un jeune général, complètement inconnu ailleurs qu’a l’armée d’Italie, car il avait, n’étant que chef de bataillon, dirigé le siège de Toulon et donné ensuite à tous ceux qui avaient fait la guerre avec lui une haute idée de sa capacité, était à Paris, réclamant pour que son grade ne lui fût pas ôté.

      

    Il avait trouvé peu d’accès auprès du comité militaire de la Convention. Repoussé et méconnu, sans argent et sans protection, il assiégeait les membres des comités de gouvernement et les hommes importants qui pouvaient lui être utiles ;

      

    il exposait ses plans pour les armées, et spécialement pour l’armée d’Italie, s’animait en expliquant ses idées et les produisait avec un ton d’autorité et de certitude.

      

    La plupart de ceux qui l’écoutaient, voyant ce jeune homme de peu de mine et d’une tournure étrange qui pensait en savoir plus que tous les généraux, et qui rêvait des victoires et des conquêtes, étaient fort tentés de lui croire l’esprit un peu troublé et de le prendre pour un de ces faiseurs de projets qui les racontent à tout venant.

      

    C’était Napoléon Bonaparte.

     

    Pontécoulant en jugea autrement ; sans deviner un si grand génie, il lui parut que cet officier disgracié disait des choses très raisonnables, qu’il montrait un esprit remarquable, et qu’il pouvait bien être un habile général.

      

    Il se promit de ne rien décider et de ne rien écrire sans avoir pris les avis du jeune officier d’artillerie. Napoléon fut touché de cette confiance, dont il a toujours été reconnaissant.

      

    Ce fut par suite de ses rapports avec Pontécoulant qu’il fut attaché au bureau militaire du comité de salut public, où Barras, qui l’avait connu au siège de Toulon, le retrouva pour lui confier la défense de la

    Convention et le combat du 13 vendémiaire contre les sections de Paris.

     

    Du 4 mai au 4 septembre, Pontécoulant, occupé des affaires militaires, ne prit point part aux discussions de l’assemblée :

      

    il la présida pendant la première quinzaine du mois de juillet.

      

    Le 3 septembre il proposa, au nom des comités de gouvernement, l’abrogation du décret, rendu trois ans auparavant, qui avait destitué le général Montesquiou au moment où il venait d’envahir toute la Savoie. Montesquiou s’était dérobé à l’échafaud et réfugié en Suisse.

      

    Le rapport de Pontécoulant le justifiait pleinement et faisait valoir ses talents et ses services ;

      

    il fut rappelé en France et rayé de la liste des émigrés.

      

    Après le 13 vendémiaire, Pontécoulant était placé dans les rangs opposés aux représentants, qui voulaient profiter de cette victoire pour ajourner la constitution, pour continuer le gouvernement absolu de la Convention et lui rendre sen caractère de tyrannie révolutionnaire.

     

     

      

    Dans ce moment les agents royalistes, à qui le mouvement de l’opinion publique contre tout ce qui avait pris part au règne de la Terreur, faisait illusion, se croyaient assurés d’avance de la coopération des députés opposés au parti terroriste.

      

    Leurs correspondances témoignaient de cette frivole espérance.

      

    Dans les papiers d’un nommé Le maire, qui fut arrêté, puis condamné à mort, le nom de Doulcet (c’était le nom que portait alors Pontécoulant), se trouva compris dans une liste de représentants, sur lesquels l’agent disait que les royalistes pouvaient compter.

      

    Ce renseignement était encore plus absurde, quant à Pontécoulant, que quant à ses collègues. Il y avait eu confusion de noms ; c’était d’un avocat nommé Doucet que l’agent royaliste avait voulu parler.

      

    Pontécoulant n’avait pas même pensé à se justifier.

      

    Tallien, Letourneur et d’autres conventionnels du parti révolutionnaire s’empressèrent de parler de l’activité et des soins qu’il avait manifestés pendant que les affaires militaires avaient été ms sa direction.

     

    Fichier:Orn ext Comte (baron-pair) GCLH.svg 

      

      

    Les élections témoignèrent quelle honorable popularité Pontécoulant s’était acquise par sa conduite, par ses discours, par son dévouement à la justice, à la modération et aux vrais intérêts de la nation.

      

    Un décret de la Convention avait ordonné que les deux tiers du nouveau corps législatif seraient choisis par les collèges électoraux parmi les membres de la Convention.

      

    Pontécoulant fut élu par trente-trois départements. Il siégea au conseil des Cinq-Cents.

      

    Pendant les vingt mois, qui s’écoulèrent entre l’établissement de la constitution de l’an III et le 18 fructidor, il prit une part active aux travaux de cette Assemblée, toujours étranger à l’esprit de parti qui lui était antipathique ;

      

    toujours ami de l’ordre et de la justice ; toujours disposé à contrôler avec indépendance les actes du pouvoir, sans chercher à l’affaiblir.

      

    C’en était assez pour être classé parmi les ennemis du Directoire.

     

    Prévoyant l’attentat projeté contre le corps législatif, il parla et vota pour les mesures impuissantes qui furent proposées dans l’espoir de s’en garantir.

      

    Aussi fut-il placé sur la liste des députés destinés à la déportation, qui fut présentée au conseil des Cinq-Cents.

      

    Il était si notoirement éloigné de tout sentiment hostile, de toute opposition systématique au gouvernement, que des réclamations s’élevèrent et que son nom fut effacé.

      

    Il protesta contre ce coup d’État, contre cette ruine de la constitution et renonça à siéger désormais dans une assemblée, qui avait été militairement envahie et décimée en violation des lois et de la justice. Retiré dans sa province, il se fit élire assesseur du juge de paix de son canton, pensant que ce pourrait être une sauvegarde contre la persécution des agents du Directoire.

     

     

      

    Il n’était pas à Paris lorsque le général Bonaparte, à la grande et universelle satisfaction de la France, détruisit le gouvernement directorial et devint, par une constitution nouvelle, maître absolu du pouvoir.

      

    Il n’avait pas oublié son ancien protecteur, celui qui, par un heureux hasard, avait facilité son premier pas sur la route par où il devait arriver au faite de la gloire et de la puissance.

      

    Pontécoulant n’avait point d’ambition ; il souhaitait une position convenable à son rang social et à ses antécédents politiques ; son goût ne le portait pas aux affaires, et il n’aimait pas la responsabilité.

      

    Le Premier Consul l’aurait volontiers placé au Sénat, mais il était âgé de trente-six ans et les sénateurs devaient avoir quarante ans ; il fut nommé à l’importante préfecture de Bruxelles.

     

    Il fit jouir d’une administration juste, douce et intelligente un pays qui jusqu’alors avait été traité en pays conquis, après avoir éprouvé toutes les calamités du théâtre de la guerre.

      

    Il fit cesser les persécutions, rappela les émigrés, leva le séquestre établi sur leurs biens, appela aux fonctions publiques les grands propriétaires, fit revenir les prêtres déportés, rétablit les fondations pieuses et charitables.

      

    Telle fut, à cette époque, la mission des préfets ; mais ces bienfaits étaient encore mieux sentis dans une province qui avait tant souffert des désordres de la Révolution et de la guerre.

      

    En 1805, dès que Pontécoulant eut atteint l’âge légal, il fut nommé sénateur. L’année suivante, le goût des voyages, qu’il avait conservé, lui fit désirer de se rendre, sans fonction ni titre, à Constantinople avec le général Sébastiani, qui venait d’être choisi pour cette importante ambassade. L’Empereur l’encouragea dans ce projet.

     

    Fichier:Louis-Gustave Doulcet de Pontécoulant.jpg 

      

    Il assista et s’employa activement à la glorieuse défense de Constantinople contre l’escadre anglaise, qui avait passé les Dardanelles.

      

    Le Grand Seigneur lui donna l’ordre du Croissant.

      

    L’Empereur le chargea ensuite d’une mission auprès du grand vizir, qui commandait l’armée turque sur le Danube, et il passa plusieurs mois à son état-major.

     

    Il revint en France à la fin de 1807. Deux fois il fut envoyé par mission extraordinaire en Normandie : pour aviser aux précautions qui devaient défendre la côte contre les attaques des Anglais ;

      

    puis, en 1813, pour presser la formation des cohortes de garde nationale.

      

    Un plus difficile et plus triste devoir lui fut imposé à la fin de 1813 :

    l’Empereur l’envoya en Belgique au moment où elle allait être envahie par les armées alliées.

      

    Le général Maison arrêta pendant quelque temps cette invasion avec une petite armée, et le commissaire extraordinaire, secondé par des préfets qui, comme lui, avaient su gagner la confiance et l’affection des habitants, parvint à maintenir l’ordre et la fidélité dans ces provinces, jusqu’au moment où les armées étrangères les occupèrent entièrement.

     

    Il revint au Sénat ; peu après, Paris tomba au pouvoir des alliés.

      

    Le 1er avril 1814, le Sénat fut convoqué, vota la formation d’un gouvernement provisoire, et déclara en même temps quels devaient être les principes et les dispositions générales d’une nouvelle constitution.

     

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    M. de Ponté-coulant se trouva à cette séance et la déclaration du Sénat porte sa signature ;

    elle ne se trouve point à l’acte du Sénat daté du 3 avril, qui prononce la déchéance de l’empereur Napoléon.

      

    Le 4 juin 1814, le jour où la Charte fut promulguée, la Chambre des pairs fut formée ;

      

    tous les sénateurs, hormis ceux qui n’étaient pas Français, et les conventionnels qui avaient voté la mort de Louis XVI, furent appelés par le roi à en faire partie.

      

    A son retour de l’île d’Elbe, Napoléon changea les constitutions de l’Empire ;

    cédant à l’opinion publique encore émue des calamités que le pouvoir absolu avait appelées sur la France, il institua, par un acte additionnel, un gouvernement représentatif ;

    une Chambre des pairs héréditaire était un des grands pouvoirs de l’État ; Pontécoulant en fit partie.

     

     

      

    Elle ne s’assembla que pour assister à la seconde ruine de la fortune et de la puissance de Napoléon.

      

    Dans cette triste session, au milieu de circonstances menaçantes, Pontécoulant eut plusieurs fois à prendre la parole.

      

    Il soutint qu’en un tel moment, lorsque les chambres étaient le seul pouvoir encore subsistant, le salut du pays tenait à leur permanence :

      

    « Quiconque tenterait de les dissoudre, disait-il, doit être déclaré traître à la patrie, et je me porte, dès à présent, son dénonciateur ».

      

    Dans la séance du 22 juin, il prit vivement la défense de son beau-frère, le général Grouchy, dont le maréchal Ney avait blâmé la conduite.

      

    Dans cette même séance du 22 juin, lorsque le prince Lucien Bonaparte insista pour que le fils de l’Empereur fût explicitement reconnu comme son successeur, Pontécoulant parla en ces termes :

     

    « Je vais dire ce que je ne dirais pas si Napoléon était encore au faite de la puissance :

    je lui suis entièrement dévoué du plus profond de mon cœur ;

    je l’ai servi fidèlement ;

    je lui serai fidèle jusqu’au dernier soupir ;

    je lui dois tout ;

    il a été pour moi le bienfaiteur le plus généreux.

      

    Mais aussi je me dois à la patrie.

    Que nous propose-t-on ?

    Une chose contraire aux usages de toutes les assemblées délibérantes : de prendre la plus grave détermination sans délibérer.

     

    « Et quel est celui qui vient nous parler de minorité factieuse et qui veut imposer un souverain aux Français ?

      

    Je reconnais les droits qu’il s’est acquis à l’estime générale par ses talents, son beau caractère, et par ce qu’il a fait pour la liberté. Mais ses titres, pour parler ainsi qu’il vient de le faire, ne me sont pas connus. Aucun acte n’atteste qu’il soit Français ; nous ne le connaissons que comme prince romain.

     

    Le prince Lucien nous propose une chose que vous ne pouvez accorder, sans une mûre délibération.

      

    L’Empereur demande, par sa proclamation, que son fils soit reconnu comme son successeur.

      

    Quelle que soit ma reconnaissance pour Napoléon, je ne puis regarder comme mon souverain un individu, qui n’est pas en France ; je ne puis regarder comme régente une princesse qui est en Autriche ; sont-ils étrangers ?

    Sont-ils captifs ? Veut-on vous amener à reconnaître une régence ? Si l’on prend ce parti, on allume les flambeaux de la guerre civile »

    .

     

      

    Quelle que fut l’insistance passionnée d’un grand nombre de pairs, il leur fallut se contenter d’affirmer, sans être contredits, que le droit de Napoléon Il était implicitement reconnu.

      

      

    Mais un gouvernement provisoire, qui n’était point un conseil de régence, et dont les actes ne devaient point porter le nom de Napoléon II, fut élu par les deux chambres.

      

      

    Ce gouvernement, qui était composé du duc d’Otrante, de Carnot, du duc de Vicence, du général Grenier et de Quinette, résolut d’envoyer des commissaires au quartier général des alliés, afin d’y tenter une négociation.

      

    Ces commissaires furent La Fayette, d’Argenson, le général Sébastiani, Pontécoulant et La Forest.

     

    Lorsque Pontécoulant annonça la commission qui venait de lui être donnée et demanda le congé de la Chambre des pairs, d’Arjuzon se rendit l’organe des sentiments de la Chambre :

      

    « C’est avec regret que nous voyons de Pontécoulant s’absenter de la Chambre où ses lumières sont d’une si grande utilité.

     

    La connaissance que nous avons de ses principes et de sa sagesse, nous donne l’espérance que cette mission aura un résultat heureux ».

     

    C’était se faire une étrange illusion.

    Les commissaires se rendirent à Haguenau ; ils ne furent pas admis auprès des souverains. S’il y avait eu possibilité de négocier, c’eut été avec les généraux étrangers, qui assiégeaient Paris.

      

    Il n’y eut à Haguenau que des conversations non officielles, dont on savait de part et d’autre l’inutilité. Louis XVIII rentra à Paris le 8 juillet ;

      

    par une ordonnance du 24, il statua que les pairs qui avaient accepté la pairie créée pendant les Cent Jours étaient regardés comme démissionnaires. Pontécoulant et vingt-sept autres pairs se trouvèrent ainsi ne plus faire partie de la Chambre.

      

    Lorsque les impressions des Cent Jours furent affaiblies, lorsque le roi eut appelé un ministère, qui se proposait de rallier au gouvernement les hommes notables par les positions importantes ou les fonctions que le pouvoir impérial leur avait conférées, les pairs que l’ordonnance de 1815 avait écartés furent réintégrés par une nomination nouvelle.

      

    La rentrée de Pontécoulant à la Chambre des pairs fut particulièrement remarquée, et l’on assura que le roi y avait consenti avec quelque difficulté.

     

     

      

    Il y fut accueilli avec une bienveillante satisfaction. Rien n’était changé dans son caractère, ni dans ses opinions. Le passé ne lui avait laissé nulle rancune, nul préjugé contre les personnes ; comme toujours il répugnait à tout esprit de parti ; il n’avait ni ambition, ni désir de succès. « Il était, disait-il lui-même, parfois mécontent, jamais opposant ».

     

    Assidu aux séances, il prenait rarement la parole dans les discussions et ne faisait jamais de longs discours. Lorsqu’il s’était préoccupé d’une question particulière,

     

    lorsque quelques paroles dites à la tribune avaient fait impression sur lui, il exprimait son opinion d’une façon nette et claire, avec une sorte de vivacité, qui avait parfois une apparence d’irritation : habitude qu’avaient contractée la plupart des anciens conventionnels dans leurs luttes passionnées, lorsque, dans l’attaque et la défense, il s’agissait d’imposer au pays une horrible tyrannie ou de l’en préserver, lorsque les combattants se menaçaient mutuellement de l’échafaud.

     

    Il était écouté avec intérêt et même avec faveur ; on respectait en lui l’autorité de l’expérience ; on déférait volontiers aux avis de ce vétéran des assemblées délibérantes, de ce témoin des variations révolutionnaires. C’était surtout lorsqu’il se présentait quelque question relative aux prérogatives de la Chambre, au mode de délibération, à la marche de la discussion qu’il était volontiers consulté ; aussi était-il toujours placé dans les commissions chargées de réformer quelque article du règlement, ou de déterminer la marche à suivre dans les procédures portées devant la Cour des pairs.

     

    L’avènement du roi Louis-Philippe, qu’il avait prévu sans le désirer, lui parut, ainsi qu’à tous les hommes sensés, le seul moyen de préserver la France du désordre où pouvait la jeter une révolution accomplie par le mouvement populaire, que le gouvernement du roi Charles X avait imprudemment provoqué, en violant les lois.

     

    Pontécoulant ne désirait aucun changement dans sa position : son attitude, ses opinions, son langage, restèrent tels qu’auparavant ; la faveur personnelle dont il pouvait jouir auprès du nouveau souverain ne lui donna point la moindre velléité d’ambition. Lorsque, deux mois après cette révolution, le roi eut à former un nouveau cabinet, il pressa Pontécoulant d’accepter le ministère de l’intérieur, mais ne réussit pas à l’y décider.

     

    Pendant les dix-huit années de ce règne d’ordre et de liberté,  il continua à siéger assidûment à la Chambre, où la sagesse de ses opinions et la tranquillité de sa conduite augmentaient de plus en plus la considération dont il jouissait parmi ses collègues et dans la région du gouvernement.

     

    Il se tint éloigné de toutes les dissensions, qui divisèrent et affaiblirent le parti conservateur ; déplorant les rivalités, les luttes et les inimitiés des hommes distingués par leur talent et leur caractère qui se succédèrent et se remplacèrent dans le ministère.

     

    Les uns comme les autres témoignèrent constamment des égards et de la déférence à Pontécoulant.

      

    En avril 1840, il reçut le grand cordon de la Légion d’honneur.

     

    Il avait atteint l’âge de quatre-vingt-trois ans, lorsque éclata la révolution de février 1848. Elle attrista ses dernières années ; il vit renverser à la fois le trône, les deux chambres, toutes les institutions et toutes les garanties de la monarchie constitutionnelle.

     

    Le gouvernement, en qui il avait mis le plus d’espérance, qui avait eu le plus ses sympathies, succomba, et la France fut rejetée aux hasards des révolutions.

     

    Il se retira dans la vie privée qu’il avait toujours préférée à toute autre. Ses convictions lui étaient une cause de regret et de chagrin, mais elles ne s’affaiblissaient point.

     

    Il n’espérait plus voir son pays jouir de la liberté dans les limites de la loi, et gouverné par un pouvoir, plutôt aidé que contrarié par les conseils et le contrôle d’une élite d’hommes éclairés et indépendants ; mais il croyait toujours qu’un gouvernement ne serait stable et respectable qu’à ces conditions.

     

    Lorsqu’on lui disait en quelle défaveur était tombée l’opinion à laquelle il avait été constamment fidèle, il répondait en souriant :

     

    Victrix causa diis placuit, sed victa Catoni.

     

    Il conservait, dans cette extrême vieillesse, une santé inaltérable, une vitalité énergique, lorsqu’une fracture accidentelle le condamna à ne plus quitter son fauteuil ou son lit. Il soutint avec courage et sérénité cette souffrance et cet ennui. Entouré d’une famille, dont les soins et la tendresse lui étaient doux, d’anciens amis, dont le commerce était pour lui une agréable distraction ;

     

    conservant tous les souvenirs d’une vie commencée parmi une aristocratie élégante et frivole, puis passée tout entière dans les tempêtes, les misères, les continuelles diversités des révolutions, il se plaisait à être interrogé par la curiosité

    d’une génération ignorante du passé ;

     

    en même temps il lui inspirait un esprit de tolérance, d’indulgente appréciation, de résignation sans apostasie, de soumission sans servilité.

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    Plus d’une année s’écoula ainsi. Le vieillard « attendait la mort sans la désirer, ni la craindre ».

    Le 3 avril 1853, au milieu d’une lecture qu’il écoutait, conservant sa physionomie habituelle de calme et de bonté, il s’éteignit sans douleur.

    Il avait quatre-vingt-huit ans et cinq mois.

    Château de Pontécoulant, lieu des amours du Préfet…

     
    Le domaine du château de Pontécoulant a, par acte pris le 20 décembre 1904 devant notaire, fait l’objet d’une donation au département.
     Dans la première partie du 20ème siècle le préfet du Calvados s’y était fait aménager un petit appartement afin de pouvoir discrètement y retrouver sa maîtresse.  
    De juin 2006 à mars 2008 une enveloppe de 2,2 millions d’euros a été consacrée à la rénovation du site, sa mise en accessibilité ainsi qu’à la préservation des collections.
     Dans ce cadre il a été procédé à l’éradication par anoxie (privation d’oxygène) des insectes xylophages se trouvant dans le mobilier du château.  L’opération dure un mois pour chacun des lots de mobilier mis sous bulle. 

     

     

    Source : http://www.france-pittoresque.com/spip.php?article885

    Sources article D.R.  

    http://dona-rodrigue.eklablog.net/chateau-de-pontecoulant-calvados-a4721568  

     

     


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  • Hugues de Payns

    Franc-Maçonnerie partie 2 : Les Templiers

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    Les templiers ou, sous leur nom complet, les Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon, furent fondés en 1119, c’est-à-dire 20 ans après la prise de Jérusalem par les croisés.

     

    Les fondateurs de l’ordre étaient deux chevaliers français, Hugues de Payns et Geoffroy de Saint-Omer.

     

    Au départ, l’ordre comptait 9 membres, mais s’agrandissait régulièrement. Leur nom fait référence au Temple de Salomon, car ils choisirent pour base la montagne du temple où se trouvaient les ruines de ce dernier. Sur ce même emplacement se trouvait le Dôme du Rocher (Qubbat as-Sakhrah).

    Les templiers se nommèrent « pauvres chevaliers », mais en peu de temps, ils devinrent très riches. Les pèlerins chrétiens, venus d’Europe jusqu’en Palestine, étaient entièrement sous le joug de cet ordre, et c’est grâce à leur argent qu’ils s’enrichirent. De plus, ils établirent pour la première fois un système de chèques et de crédit, semblable à celui d’une banque.

     

    D’après les auteurs britanniques, Michael Baigent et Richard Leigh, ils établirent une sorte de capitalisme moyenâgeux, et pavèrent le chemin pour le système banquier moderne avec leurs transactions à intérêt. 

     

    Les templiers furent les principaux responsables des attaques des croisés et du meurtre des musulmans.

     

    C’est pourquoi, le commandeur suprême musulman Saladin, qui vainquit l’armée des croisés en 1187, à la bataille de Hattin, et qui plus tard délivra Jérusalem, exécuta les templiers pour les meurtres qu’ils avaient commis, alors même qu’il avait pardonné un grand nombre de chrétiens.

     

    Malgré la perte de Jérusalem et les nombreux morts et blessés déplorés, les templiers existaient toujours.

     

    De plus, malgré la diminution progressive de la présence chrétienne en Palestine, leur puissance en Europe se renforçait, et en commençant par la France, puis dans d’autres pays, ils devinrent un état dans l’état.

    Les templiers développèrent une foi païenne la faisant passer pour chrétienne.Les templiers développèrent une foi païenne la faisant passer pour chrétienne.

    Il va sans dire que leur puissance politique inquiétait les monarques européens. Mais un autre aspect des templiers mettait également mal à l’aise le clergé :

     

    l’ordre s’était progressivement éloigné de la foi chrétienne, et lors de son séjour à Jérusalem, avait adopté des doctrines mystiques étranges.

     

    Des rumeurs racontaient qu’ils organisaient d’étranges rites pour donner forme à ces doctrines.

    Ainsi, en 1307, le Roi de France, Philippe Le Bel, décida de faire arrêter tous les membres de l’ordre.

     

    Certains réussirent à s’échapper, mais la plupart d’entre eux furent arrêtés.

    Le pape Clément V se joignit également à cette purge.

     

    S’ensuit une longue période d’interrogatoires et de procès, au cours desquels de nombreux templiers reconnurent avoir nourri des croyances hérétiques, rejeté la foi chrétienne et insulté Jésus dans leurs messes.

     

    Enfin, les responsables des templiers, appelés « grands maîtres », à commencer par le plus important d’entre eux, Jacques de Molay, maître du Temple élu en 1293, furent exécutés en 1314 par ordre de l’Eglise et du Roi.

     

    La majorité d’entre eux furent emprisonnés, et l’ordre dispersé et officiellement dissous.

     

     

    Les templiers fuyant l’Eglise, furent recueillis par le Roi d’Ecosse, Robert 1er BruceLes templiers fuyant l’Eglise, furent recueillis par le Roi d’Ecosse, Robert 1er Bruce

    Certains historiens ont tendance à présenter le procès des templiers comme un complot ourdi par le Roi de France et à considérer les chevaliers innocents des accusations portées. Mais, cette interprétation échoue bien sous plusieurs aspects.

     

    Nesta H. Webster, la célèbre historienne britannique aux connaissances approfondies sur l’histoire occulte, analyse ces aspects dans son livre,

     

    Secret Societies and Subversive Movements.

     

    D’après elle, la tendance à absoudre les templiers des hérésies qu’ils confessèrent pendant les procès est injustifiée. Premièrement, au cours des interrogatoires, malgré les allégations habituelles, tous les templiers ne furent pas torturés.

    Les guerriers et les banquiers: un livre sur les templiersLes guerriers et les banquiers: un livre sur les templiers

    « En outre, les confessions des chevaliers semblent-elles être le fruit de la pure imagination des hommes sous la torture ?

     

    Il est assurément difficile de croire que les comptes-rendus détaillés de la cérémonie d’initiation faits par des hommes répartis dans différents pays, tous semblables les uns aux autres, mais formulés différemment, soient de pures inventions.

    Si les victimes avaient été forcées d’inventer, elles se seraient sûrement contredites entre elles, auraient hurlé dans leur agonie que toutes sortes de rites extravagants et invraisemblables avaient lieu dans le seul but de satisfaire les demandes de leurs interlocuteurs.

     

    Mais tel ne fut pas le cas, chacune d’entre elles semblent décrire la même cérémonie plus ou moins intégralement, avec des caractéristiques propres à la personnalité du narrateur, et dans l’ensemble, toutes les histoires concordent. » 

    Quoi qu’il en soit, le procès des templiers se solda par la fin de l’ordre.

     

    Mais, bien que l’ordre cessât « officiellement » d’exister, il ne disparut pas réellement.

     

    Au cours des arrestations soudaines de 1307, certains templiers s’échappèrent en réussissant à brouiller les pistes.

     

    D’après une thèse s’appuyant sur différents documents historiques, un nombre important de templiers se réfugia dans le seul royaume européen qui ne reconnaissait pas l’autorité de l’Eglise catholique au 14ème siècle, l’Ecosse.

     

    Ils s’y réorganisèrent sous la protection du Roi d’Ecosse, Robert 1er Bruce. Quelques temps plus tard, ils découvrirent un moyen pratique de camouflage grâce auquel ils poursuivirent leur existence clandestine :

    - ils infiltrèrent la plus importante guilde des Îles Britanniques médiévales : la loge des maçons, pour finir par en prendre le contrôle. 

     

    La loge des maçons changea de nom au début de l’ère moderne, et se nomma « Loge maçonnique ».

     

    Le Rite écossais est la plus ancienne branche maçonnique et remonte au début du 14ème siècle, aux templiers réfugiés en Ecosse.

     

    Les noms donnés aux plus hauts degrés du Rite écossais correspondent aux titres attribués des siècles plus tôt aux chevaliers de l’ordre des templiers. Ils sont toujours utilisés de nos jours.

    Bref, les templiers n’ont pas disparu, mais leur philosophie, leurs croyances et leurs rituels perdurent sous la forme de la franc-maçonnerie.

     

    Cette thèse est soutenue par une pléthore de preuves historiques, et est admise aujourd’hui par un grand nombre d’historiens occidentaux, qu’ils soient francs-maçons ou non. Dans notre livre, 

     

    Le Nouvel ordre maçonnique, nous avons examiné en détail ces preuves.

    Les magazines publiés par les maçons pour leurs propres membres font souvent allusion à cette thèse qui établit que la maçonnerie remonte aux templiers.

     

    Les francs-maçons admettent volontiers cette théorie.

     

    Un de ces magazines, intitulé Mimar Sinan (publication des francs-maçons turcs) décrit la relation entre l’Ordre des templiers et la franc-maçonnerie en ces termes :

    Le magazine Mimar Sinan, publication maçonnique turque privée destinée à ses propres membres.

    « En 1312, lorsque le Roi de France, sous la pression de l’Eglise, abolit l’Ordre des templiers et donna leurs biens aux Chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, les activités des templiers ne cessèrent point.

     

    La grande majorité des templiers trouva refuge dans les loges de francs-maçons existant en Europe à cette époque.

     

    Le chef des templiers, Mabeignac, avec d’autres membres, trouva refuge en Ecosse, déguisé en maçon sous le nom de Mac Benach.

     

    Le Roi d’Ecosse, Robert 1er Bruce, les accueillit et les laissa jouer une influence importante sur les loges maçonniques en Ecosse.

     

    Par conséquent, les loges écossaises acquirent une importance considérable en termes d’art et d’idées.

    Aujourd’hui, les francs-maçons prononcent le nom Mac Benach avec considération. Les maçons écossais, qui héritèrent de l’héritage des templiers, le ramenèrent en France des années plus tard et y établirent la base du rite connu sous le nom de Rite écossais. » [8]

     

     

    Pour conclure, nous estimons qu’il est évident que les racines de la franc-maçonnerie remontent à l’Ordre des Templiers et que les maçons ont adopté la philosophie de cet ordre. Les maçons eux-mêmes le reconnaissent.

     

    Mais assurément, ce qui compte le plus pour nous, c’est la nature de cette philosophie.

    Pourquoi les templiers ont-ils abandonné le Christianisme pour devenir un ordre hérétique ?

    Qu’est-ce qui les a conduit jusque là ?

     

    Pourquoi ont-ils connu un tel changement à Jérusalem ?

     

    Par l’entremise de la maçonnerie, quel a été l’effet sur le monde de cette philosophie adoptée par les templiers ?


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    1129 : les templiers au concile de Troyes


    Une miniature du XIIIe siècle qui représente Hugues de Payns et Geoffroy de Saint-Omer recevant, du roi Baudoin de Jérusalem, l’ancien temple de Salomon Les templiers sont créés en Palestine, vers 1120, par deux chevaliers, Hugues, le seigneur de Payns, et son ami Geoffroy de Saint-Omer. Ceux qui se nomment d’abord les « pauvres chevaliers du Christ » se vouaient à la sauvegarde de Jérusalem, conquise par les Chrétiens depuis 1099, et à la protection des pélerins occidentaux qui affluaient, proies faciles pour les brigands. Baudouin, le roi de Jérusalem, leur offrit pour quartier général l’ancien temple de Salomon, ce qui leur valut leur nom de templier.


    Ils font preuve, dès l’origine, d’une spécificité inédite dans le monde occidental : ils respectent, comme les moines, des vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance, mais, comme les chevaliers, ils portent l’épée et s’en servent. Au fil des ans, ils se sont dotés d’une règle de vie.

    La petite troupe, dont on ignore l’effectif, si elle est efficace, reste informelle. Pour se développer, ces moines-soldats ont besoin d’une reconnaissance officielle, de nouvelles recrues et de moyens financiers. Hugues de Payns et plusieurs de ses compagnons reviennent d’Orient, en 1127, dans cet objectif. L’officialisation dont les templiers ont besoin est organisée à Troyes, en janvier 1129 (ou 1128, lire ci-dessous).

    Pourquoi Troyes ? Vraisemblablement parce que c’est le cœur du diocèse d’origine de Hugues de Payns et qu’il y possède de solides appuis, à commencer par le comte de Champagne. Thibaud II règne depuis 1125, date de l’abdication en sa faveur de son oncle Hugues 1er, parti rejoindre, en Orient, les templiers. Ensuite, Troyes est une localisation pratique pour celui qui fut, au sens propre comme au sens figuré, la sommité du concile : Bernard de Clairvaux, qui avait créé, depuis 1115, son abbaye sur les terres du comte de Champagne.

     


    Pour autant, l’officialisation d’une règle de vie des templiers ne fut pas l’occasion d’une solennité exceptionnelle ; le concile convoqué en janvier 1129 est un concile de base : ni concile universel, ni concile général, mais concile régional.

     

    La ville de Troyes en avait précédemment connu quatre identiques, en 429, 867, 875 et 1104. Le plus important datait de 1107, présidé par le pape Pascal II.

     

    En 1129, le pape Honorius II a délégué comme président son légat, Mathieu d’Albano, plus connu en Champagne sous son nom civil de Mathieu du Rémois.

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    À l’ouverture de la réunion – qui dura une petite semaine -, sous les voûtes encore romanes de la cathédrale de Troyes, il est entouré de tous les prélats de la région : les archevêques

     

    de Reims et Sens, les évêques de Chartres, Soissons, Paris, Orléans,

    Châlons, Laon, Beauvais, et bien sûr de Hatton, l’évêque de Troyes.

     

    Sont également présents Étienne Harding, l’abbé de Cîteaux, l’abbé de Pontigny, ceux de Trois-Fontaines, Saint-Remi de Reims, Saint-Étienne de Dijon, Molesme et Clairvaux, le comte Thibaud et le comte de Nevers.

     

    Hugues de Payns et Geoffroy de Saint-Omer sont là, bien sûr, accompagnés de quatre ou cinq de leurs frères templiers.

     


    C’est Jean de Saint-Michel qui fut chargé du compte rendu.

     

    Comme il l’explique dans le prologue, à Troyes, la règle du Temple n’est pas née de rien.

     

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    Hugues de Payns a présenté celle qui était suivie à Jérusalem.

     

    Il y eut discussions, approbations, amendements et modifications, pour aboutir en définitive à une règle de soixante-douze articles rédigés en latin : un cadre, principalement moral, brossé à larges traits et qui explicite, au quotidien, la vie communautaire.

     


    Peu de différences avec la règle d’un ordre religieux, à ceci près qu’il est nécessaire de ménager la force de ces soldats.

     

    L’article 1er de la règle souligne que leur mission première est le courage. Pas question de leur imposer une trop lourde ascèse : les templiers ont droit au vin et à la viande.

    Progressivement, la règle sera précisée, pour mieux s’adapter à l’expansion de l’ordre du Temple et aux différents problèmes rencontrés dans l’organisation quotidienne. En 1260, par exemple, la règle ne compte plus soixante-douze mais six cent soixante-dix-huit articles. Quelques évolutions sont substantielles, comme le rattachement direct au pape (1139) et la levée de l’interdiction d’intégrer des chevaliers excommuniés.

     

     

    Mais si les articles se sont multipliés, l’esprit est resté fidèle à celui qu’ont impulsé les pères du concile de Troyes.

     

    La règle primitive de 1129 est demeurée fondatrice de tous les ordres religieux et militaires, qu’il s’agisse des hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem ou, en Espagne, des ordres d’Alcantara ou de Calatrava.

    Le concile eut des répercussions immédiates, déclenchant le succès spectaculaire que rencontrèrent Hugues de Payns et ses compagnons dans ce qu’on appellerait aujourd’hui leur grande « campagne de communication » : une vaste tournée en Europe pour susciter les vocations et les donations.


    Avant même l’ouverture du concile, dès l’arrivée de Hugues de Payns, le comte de Champagne avait donné l’exemple. Il avait fait don aux pauvres chevaliers du Christ d’une exploitation agricole qu’il possédait près de Sézanne, à Barbonne (aujourd’hui Barbonne-Fayel).

     

    Une autre donation a été effectuée à Troyes, pendant le concile ou juste après. Le dénommé Raoul le Gros, dit Crassus, fait don, avec l’assentiment de son épouse, d’une ferme aux portes de Troyes, dans le quartier de Preize.

     

    La charte est signée en présence de Hugues de Payns et des templiers qui l’accompagnaient.


    Là, comme bientôt dans de nombreux pays d’Occident, autour des donations de terres et de maisons, vont s’organiser les premiers lieux de vie qui deviendront les commanderies templières : petits monastères organisés autour de leur chapelle, les bases logistiques des troupes d’Orient. L’élan était donné.


    Valérie ALANIÈCE

    Source :

    « Le concile de Troyes ou la naissance de l’ordre du Temple », par F. Gilet et V. Alanièce, Mémoire de Champagne, T. 1, éd. Guéniot, 2000
    Le 13 janvier 1129, la cathédrale de Troyes accueille un concile dont l’objectif est de définir la règle de vie des templiers

    Les voûtes de l’actuelle cathédrale de Troyes n’ont pas abrité le concile. En 1128, c’était l’époque de la cathédrale romane, qui était du reste en travaux et fut détruite par un incendie en 1188

     

    http://nonnobisdominenonnobissednominituodagloriam.unblog.fr/2009/02/01/1129-les-templiers-au-concile-de-troyes/


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